>> Ne m'oubliez pas
Enfant, je regardais la lune depuis le balcon avec un télescope rétractable. Ce que je tentais de voir n’était pas tant l’astre nocturne que le visage qui s’y dessinait. Bien que l’on m’eût expliqué que ce "visage" n’était que le jeu des ombres produites par la lumière sur les reliefs lunaires, je constatais pour ma part, que cette face impénétrable me regardait bel et bien et qu’à travers le ciel nocturne je lui rendais son regard. Cette planète située à 384 400 kilomètres de moi, semblait par ce jeu mutique de regards croisés, à portée de la main.
Cette œuvre est une série d’auto-moulages de mon visage. Des formes aux reliefs irréguliers marquées d’un trait de rouge à lèvres absorbé par la matière poreuse au moment de l’empreinte. Ces sortes d’imago sont un signe de connivence féminine adressé par delà l'espace et le temps au visage féminin de la lune — Séléné dans la mythologie grecque. Des objets-témoin d’un bref instant de vie fixé pour mémoire dans la matière molle, comme les pas d’Aldrin et d'Armstrong sont restés imprimés dans la poussière lunaire.
Ne m’oubliez pas, titre de cette série, est le nom évocateur du premier rouge à lèvres crée par Guerlain en 1870. Chaque soir, sa trace de couleur vivace s’éclipse en un pâle transfert sur le disque blanc du coton à démaquiller.
* Terme latin qui désigne le masque mortuaire réalisé en cire.
Vingt-neuf empreintes, référence aux vingt-neuf phases du cycle lunaire - 2020 / 2021.
Matériaux : Cire gravée, rouge à lèvres, plâtre.
29 / 29 pièces
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