>> Bataille perdue
Memento mori
En 2016, pendant un séjour à Tanger, j'ai trouvé des morcreaux de cartes à jouer sur la marche d'une échoppe au rideau fermé de la médina. Chose curieuse, seule une partie du jeu se trouvait là, en petit tas serré. Pourquoi l'avait-on ainsi déchiré et laissé pour mort ? Où était passé le reste ? Je l'ai aussitôt ramassé.
Pour jouer à l'archéologue, je pose chaque morceau sur la table et reconstitue une sorte de mosaïque. Dans la scène qui apparaît, un cavalier semble charger un fantassin qui tente une esquive. Tous les deux sont armés de longues épées. Les épées, omniprésentes dans ces fragments, semblent me dire qu'une bataille s'est bel et bien jouée sur cette marche de la médina. Ce qui est resté abandonné était sans doute une partie de la main du perdant. pour combler les vides entre les pièces de mon puzzle, j'ai ajouté des motifs prélevés dans un emballage de boucherie : pièces de viande, saucisses, une façon acceptable de représenter de la chair et les boyaux tranchés. Ce second collage achève de transformer la bataille en allégorie de la décomposition finale de tous les corps : MEMENTO MORI.
24 fragments de cartes à jouer, morceaux d'emballage de boucherie, pastel gras,
collés sur pages de catalogue - 24 x 21 cm, 2022